Mekong | Anothaicie

© Anothaï Compagnie - F.Mackowiak 

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BELLEGARDE & PAYS DE GEX

Il A Fui le Laos et vient de créer un solo en hommage aux réfugiés 

Comment on fait quand on est réfugié politique, quand ont a quitté son pays à l'âge de deux ans en traversant le fleuve avec sa famille, pour des années après, parvenir à retranscrire son histoire, ce sentiment de liberté, de vie retrouvée, dans un spectacle de danse?

Adélaïde Schutz 27/09/18

La réponse est en train de s’écrire, de se jouer, au théâtre Jeanne d’Arc de Bellegarde-sur-Valserine. C’est dans une salle de théâtre silencieuse, froide, que Thô Anothaï, qui a grandi à Bonneville avant de s’installer à Annecy, se prépare à sa grande première vendredi soir.

Il va présenter son solo en tant que danseur chorégraphe. Un spectacle intitulé « Mékong ». Du nom du grand fleuve d’Asie, qui traverse six pays (Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam). Ce fleuve fait partie de l’histoire de Thô Anothaï. Comme de celles de beaucoup d’autres réfugiés politiques.

 

« On a traversé ce Mékong en prenant le risque d’être assassinés » 

Il sera seul sur scène. Un régisseur de lumière, un musicien et de la terre en guise de décor. « Ma dernière pièce jouée avec huit danseurs à Château Rouge à Annemasse ou encore à Annecy, était très difficile à faire voyager. Pour ce solo, j’ai voulu faire le plus simple possible pour mieux la transporter. La terre c’est facile on peut en trouver partout dans le monde », commente l’artiste. Son rêve : présenter sa création dans le monde entier en reversant à chaque fois une partie de l’argent des représentations à des associations du Laos, ou plus largement aux associations de réfugiés politiques. 

"C’est un spectacle en hommage à tous ces réfugiés d’Indochine. Tous ces innocents qui ont beaucoup souffert. Si je dois aller au Cambodge, ou même au Laos plus tard, sans pointer de doigt qui que ce soit, cela pourra amener de la paix. Car, c’est ça ma danse. Grâce à ce spectacle, j’ai retrouvé l’équilibre de ma danse. Cela fait vingt ans que l’ai en moi."

Thô Anothaï avait déjà réalisé un solo "Nuage" qui raconte l'histoire d'une évasion vers une autre terre. "Mais j'étais jeune. Ma danse était aussi jeune. Et je n'avais pas tout raconté. Là, à 39 ans, j'ai atteint la maturité que je souhaitais pour aller au bout de cette histoire."

« Je me souviens de ce silence. Il ne fallait surtout pas faire de bruit » 

Il avait deux ans quand, avec ses parents, il a fui le Laos.

 

"Avec cette guerre d'Indochine qui a frappé le Vietnam, le Cambodge et le Laos, notamment, on a traversé ce Mékong en prenant le risque d'être assassinés par les militaires. Comme beaucoup de réfugiés, on a attendu un passeur et surtout qu'il fasse nuit pour traverser le fleuve."

Mais quel souvenirs peut bien garder un petit garçon d'à peine deux de ce moment de vie?

"J'ai des sensations, répond Thô. Je garde un souvenir fort de ce fleuve, de la couleur de cette nuit-là. J'ai encore la sensation en moi de danger, une émotion oppressante. Et je me souviens de ce silence. Il ne fallait surtout pas faire de bruit."

Sans bruit, son spectacle a mûri dans son esprit, dans son corps. Il lui a fallu accepter son histoire. La regarder avec des yeux d'adultes.

"Avant, je n'ai jamais cherché à savoir le pourquoi du comment de notre fuite. Depuis, j'ai changé. Je me suis rendu compte que j'ai une chance incroyable de vivre en France. D'être intermittent du spectacle. Il fallait que je créer ce spectacle pour eux, pour les réfugiés."

 

Traversée du fleuve, camp de réfugiés : « Enfant, on voit ça comme si c'était un jeu » 
 

 Le danseur chorégraphe Thô Anothaï met aujourd'hui des mots d'adultes sur des souvenirs d'enfants. Après la traversée du fleuve "Mékong" avec ses parents, il se souvient avoir passé deux ans dans un camp de réfugiés en Thaïlande avant d'arriver en France. 

« Cette réalité qui est douloureuse et triste, on ne la voit pas »

"En tant qu'enfant, on en garde un souvenir comme si c'était un jeu. Toute cette réalité qui est douloureuse et triste, on ne la voit pas." Interrogé sur des exemples précis, il se confie : "Quand il fallait aller chercher de l'eau à vélo dans puits, moi je me souviens que je trouvais ça drôle. On ne voit pas, enfant, les longues distances qu'on devait parcourir. On ne voit pas les maladies. Comme quand il y a un incendie, l'enfant l'admire. Il ne se rend pas compte du danger qu'il représente."

En résidence d'artiste, il donne vie à son spectacle

Thô Anothaï travaille sa pièce depuis lundi à Bellegarde. Il est en résidence d'artiste au théâtre. Sons, lumières, décors, il est en train de lui donner vie. Retranscrire son histoire, celle de réfugiés politiques par la danse est loin d'être une affaire simple. Thô n'a pas de micro. Il ne chante pas. Mais il compte bel et bien donner de l'émotion au public.